Le plan présenté le 9 janvier dernier par le Premier ministre pour réduire le nombre et la gravité des accidents de la route suscite de nombreuses réactions. Motivé par l’aggravation inquiétante du nombre de victimes, ce plan prévoit plusieurs mesures pour lutter notamment contre l’alcool, la drogue et le téléphone au volant, mais celle qui retient l’attent
ion des usagers, et cristallise toutes les critiques, c’est la baisse à 80 km/h de la vitesse maximale autorisée. Cette diminution concerne les routes à double sens, qu’elles soient nationales ou départementales, et qui ne sont pas équipées de séparateur central. 55% des accidents mortels ont lieu en effet sur les 400 000 kilomètres du réseau secondaire. En comparaison, les deux fois deux voies, avec ou sans séparateur central, sont beaucoup moins accidentogènes. 

Les automobilistes s’insurgent, estimant qu’en verbalisant davantage cette réforme fera d’eux une fois de plus des « vaches à lait », les motards manifestent et pointent du doigt les glissières de sécurité, les associations d’usagers contestent les chiffres, 31 présidents de conseils départementaux, en majorité ruraux, demandent une étude au cas par cas et ce n’est sans doute pas fini. Une véritable levée de boucliers qui ferait presque oublier que la limitation à 90 km/h n’a été instaurée qu’il y a 44 ans et qu’à l’époque elle avait été elle-même très critiquée.

La question, la vraie question, est de savoir ce que chacun est prêt à faire pour endiguer l’hécatombe routière. 

Un constat accablant                                                                                             

Grâce à toute une série de mesures, la mortalité routière a baissé de façon régulière pendant 12 ans mais, depuis 2014, elle est repartie à la hausse : presque 60.000 accidents corporels par an, faisant pratiquement 80.000 victimes dont 30.000 blessés et plus de 3500 morts selon le bilan établi par l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière, soit 9 morts et 65 blessés par jour sur le territoire (chiffres de 2016). 

Et dans notre département des Pyrénées-Orientales la situation est encore plus alarmante ; elle s’aggrave notablement à l’inverse de la tendance constatée dans le reste de la région. Les chiffres dévoilés récemment par la Préfecture pour 2017 sont catastrophiques : on a comptabilisé 32 morts sur les routes catalanes (auxquels il faut ajouter les six jeunes victimes du drame de Millas) contre 28 en 2016. Le nombre de blessés et d’accidents ont augmenté dans les mêmes proportions. Toutes les tranches d’âge sont concernées. Les « deux roues » sont particulièrement touchés : s’ils représentent seulement 3 à 4% du trafic, ils enregistrent 27% des tués. Plus symptomatique encore : 90% des victimes sont à déplorer hors agglomération et la mortalité est particulièrement forte dans les zones rurales : « On a 2,7 fois plus de risques de mourir sur les routes de campagne” selon les mots mêmes du préfet Philippe Vignes.

Les chiffres de ce début d’année 2018 sont tout aussi mauvais : 62 accidents ont fait 3 morts et 81 blessés entre le 1er janvier et le 15 mars.
Les causes ?  L’alcool et les stupéfiants mais également la vitesse excessive. L’augmentation du nombre de procès-verbaux produits par les radars et les interceptions dues à la vitesse le prouvent.

Voilà les faits, ils sont incontestables.

C’est pourquoi, nous ne pouvons pas rester les bras croisés à regarder les courbes s’envoler. Je suis personnellement convaincue que nous nous devons de tout tenter pour qu’il y ait moins de morts sur les routes. 

Quelques km/h en moins, des centaines de vies en plus

Baisser sa vitesse de 10 km/h est-ce un si grand sacrifice ? Les essais ont montré que sur le même tronçon de route à double sens, et en tenant compte de la difficulté accrue à doubler, sur 25 km, qui est le trajet moyen  domicile-travail en France selon l’Insee, la différence à l’arrivée n’est que de deux minutes. Quatre si on compte l’aller et retour. 

Quel gain peut-on espérer en compensation de ces quatre petites minutes quotidiennes ? 

Selon les spécialistes, et notamment l’accidentologue Claude Got, fervent défenseur de cette mesure, la limitation à 80 km/h pourrait permettre d’épargner 350 à 400 vies par an. Une fourchette calculée grâce à une équation mathématique. L’expert prévient cependant : “Si on tolère l’utilisation d’appareils tels que des avertisseurs de radars, l’efficacité sur la réduction de la mortalité sera moindre“.

Concrètement, cette mesure a été testée sur le terrain pendant deux ans (2015-2017) dans quatre départements : sur la N7 dans la Drôme, la N57 dans la Haute-Saône et la N151 dans la Nièvre et l’Yonne soit un total de 86 kilomètres. La vitesse moyenne a baissé dans les faits de 7% seulement mais à l’arrivée les accidents ont diminués de 25%  et il y a eu 50% de tués en moins. 

Une mesure parmi bien d’autres   

Même s’il focalise l’attention, et les titres de la presse, cet abaissement de la limitation de vitesse n’est qu’une des 18 mesures présentées par Edouard Philippe. Un plan d’attaque visant toutes les addictions au volant. 

En commençant par l’alcool bien sûr, deuxième cause d’accidents en France (19% contre 31% pour la vitesse). L’usage de l’éthylotest antidémarrage sera notamment étendu. Les personnes ayant eu leur permis suspendu suite à une conduite « alcoolisée » auront la possibilité de conduire le temps de cette suspension, à la condition qu’elles équipent leur voiture de ce dispositif à leur frais.

La drogue ensuite (9% des accidents) avec la mise en place, très prochainement, de contrôles plus fréquents en matière de stupéfiants grâce à des prélèvements salivaires.

Enfin le téléphone au volant, conduite à risque en augmentation constante ces dernières années, responsable d’un accident corporel sur dix. Tout conducteur qui commettra une infraction sur la route verra sa sanction alourdie si cette infraction se double d’une utilisation du portable et cela pourra aller jusqu’à la suspension de permis.

Quant aux auteurs d’une infraction grave au Code de la route (conduite sans permis, usage de stupéfiants, taux d’alcoolémie délictuel), leur véhicule pourra être saisi et placé immédiatement en fourrière pour une durée de sept jours.

Il s’agit bien d’un plan complet, qui prend à bras le corps toutes les causes des infractions routières.

Et pour ceux qui pensent qu’il est destiné à « engraisser l’Etat », rappelons que le surplus des amendes ainsi générées sera alloué à un fonds d’investissement chargé de moderniser les structures médico-sociales destinées à la prise en charge des accidentés de la route, fonds qui sera créé en 2019.

Alors jouons le jeu à partir du 1er juillet et dans deux ans, comme l’a proposé le Premier ministre, nous ferons le bilan … je suis persuadée que les vies épargnées balayeront ces quelques minutes supplémentaires sur nos trajets quotidiens ! 

 

Laurence GAYTE
Députée des Pyrénées-Orientales
3ème circonscription