Mettre les femmes dans la lumière …

 Les femmes sont les grandes absentes des livres d’Histoire. Hormis les épouses et les maîtresses des « grands hommes » (qui ne le sont d’ailleurs pas toujours), rares sont celles dont l’action a été jugée suffisamment décisive et importante pour figurer en tant qu’elles-mêmes dans les manuels. Pour une Jeanne d’Arc et une Marie Curie, combien d’oubliées ?

C’est pourquoi lorsque le Premier ministre Edouard Philippe et Marlène Schiappa, la Secrétaire d’Etat en charge de l’Egalité entre les femmes et les hommes, ont lancé le Tour de France de l’Egalité le 4 octobre dernier, je me suis proposée pour organiser l’étape départementale à Perpignan. Je fais partie de la délégation des Droits des Femmes à l’Assemblée Nationale et ce combat me tient à cœur. J’ai donc choisi de combler cette lacune, mieux même de réparer cette injustice en mettant sur pied une manifestation qui sorte des oubliettes de l’Histoire les femmes qui ont marqué depuis ses siècles la vie des Pyrénées Orientales par leur influence, leur intelligence, leur dévouement, leur talent, leur courage.

L’éducation étant la base de tout, j’ai demandé à Hélène Legrais, journaliste et romancière qui avait participé à l’écriture du livre « Le matrimoine catalan – 66 femmes » de concevoir et mettre en scène un spectacle qui serait joué par des scolaires pour des scolaires. Contactées par Nathalie Du Lac, de nombreuses classes ont répondu présentes et finalement ce sont 250 jeunes, du CM2 au lycée, qui étaient réunis le 16 février au Théâtre municipal – Jordi Pere Cerda, dont une soixantaine sur scène. Pendant une heure et quart, ces jeunes de l’école Jordi Barre, des collèges Sévigné et du Ribéral à St Estève, et du lycée Picasso, ont prêté leurs voix avec enthousiasme à ces femmes remarquables et parfois même en chanson avec l’appui amical et musical de Maribel.

Densité et émotion

Après quelques mots d’introduction très symboliques que Marlène Schiappa avait tenu à enregistrer en vidéo, la magnifique salle à l’italienne a vu ainsi revivre entre autres Esclarmonde, première reine de Majorque, Mère Ana Maria Antigo  et le dragon Sans Gêne, les transbordeuses d’oranges de Cerbère en grève et les paperetes de JOB, les sœurs Guinard fondatrices de Bon Secours et la grande pianiste Blanche Selva, Titaÿna la journaliste globetrotter et Dina Vierny le modèle de Maillol, Rosette Blanc et les trois Sabaté résistantes et martyres, Elisabeth Eidenbenz et Friedel Reiter les anges des mères des camps, sans oublier les sportives. Notre championne de snowboard, Cécile Hernandez-Cervellon, aurait voulu être là en personne pour clore le spectacle mais elle devait s’envoler pour les Jeux Paralympiques en Corée du Sud. Elle avait donc enregistré une vidéo pour inciter les jeunes filles présentes à suivre son exemple : à se battre et ne jamais baisser les bras. Elle terminait en demandant que tout le monde la soutienne … et ce soutien a dû être aussi unanime qu’efficace puisqu’elle nous revient de Pyeongchang avec deux médailles, une de bronze et l’autre d’argent !

Une fois, les acteurs de cette grande fresque féminine applaudis comme ils le méritaient, le débat put commencer. Un débat très animé. Il fut question de ces femmes extraordinaires que la plupart venaient de découvrir, et d’autres encore comme Simone Veil ou Marie Curie, mais aussi de la façon dont filles et garçons se percevaient les uns les autres et celle dont ils imaginaient l’avenir des femmes. On a pu constater que certaines collégiennes et lycéennes étaient bien décidées à ne pas se laisser faire ! Une expérience à renouveler, ne serait-ce que pour voir si les graines semées en ce 16 février auront germées.

En attendant ce jour, un grand merci à tous les participants, les élèves comme les enseignants qui les ont préparés et accompagnés.

 

Opération « plaques de rue »

Cette étape du Tour de France de l’Egalité a tout naturellement trouvé son prolongement dans une opération menée la veille de la journée internationale des droits des femmes. Frédérique Lis, référente départementale, et une dizaine de militants de La République en Marche, ont passé la soirée du 7 mars dans le centre de Perpignan à apposer des plaques de rue aux noms de femmes remarquables au côté des plaques officielles. Quarante en tout, 20 connues pour leur action au niveau local et 20 au niveau national voire international en puisant dans les personnalités mises en exergue dans le livre édité par le Collectif Georgette Sand « Ni vues, ni connues ». C’est ainsi que la place de la République est devenue « place Simone Veil » ou que « Thérèse Figueur, le dragon Sans Gêne » a trouvé sa place tout naturellement rue Vieilledent, en face de la caserne. Les plaques étaient complétées par une photo et une petite biographie afin que les Perpignanais, surpris en les découvrant le 8 au matin,  puissent savoir exactement à qui ils avaient affaire.

Cette initiative citoyenne et ludique entendait pointer du doigt la sous-représentation des noms de femmes dans l’espace public. On estime qu’en France, seulement 2% des rues leur sont dédiées. Mais à Perpignan, ce ratio, déjà infime, est encore plus faible : 1%. L’idée était donc d’interroger, de susciter le débat sur le manque de visibilité des femmes … et peut être même de donner des idées aux municipalités du département qui auront à baptiser de nouvelles voies !